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09 juillet 2006

[Société] Vocabulaire Handicap

par Pio à 20:51


Introduction : Quel vocabulaire utiliser pour parler des personnes handicapées ? Cela est souvent sujet de malaises et d'interrogations diverses.
Ceci est une synthèse, basée sur plusieurs discussions avec des personnes handicapées, et sur quelques articles.




Toute personne a droit au respect et à la dignité.
Certaines façons de parler peuvent être blessantes car elles portent atteinte à ce respect, c’est ce que décrivent les sept points qui suivent.

  1. La « personne », avant tout

    C’est le point le plus important auquel il convient de porter une grande attention. Comment désigner une personne ayant un handicap ? On dit souvent « l’handicapé », « le malvoyant », « le malentendant », « le déficient », « l’aveugle »… C’est-à-dire qu’on la définit par son handicap. Or cette personne a bien d’autres caractéristiques, atouts et faiblesses : il ne faut pas confondre la personne avec le handicap auquel elle est confrontée. Au-delà des limitations qu’une personne peut avoir, elle est d’abord et avant tout une personne.
    Dire : "personne ..." (handicapée, sourde, étrangère, arabe, ou autre) est toujours plus respectueux, car cela évite la catégorisation implicite qui exclut tous ceux qui semblent "différents", cela évite le raccourci mental "pas normal".

    Il s’agit donc de dire « la personne handicapée », « une personne malvoyante », « une personne aveugle », etc.
    Cela permet aussi de s’affranchir du malaise de l’orateur : certains mots ayant une connotation péjorative (exemple le mot « sourd », utilisé dans beaucoup d’expressions négatives : « t’es sourd ou quoi ? », « sourd comme un pot », etc), l’orateur n’ose pas les utiliser alors que ce sont les mots les plus adéquats du point de vue de la personne concernée. En parlant d’une « personne sourde », le malaise disparaît.
  2. Aveugle ou malvoyant

    Doit-on utiliser le mot « aveugle » ou « malvoyant », « sourd » ou « malentendant » ?
    Chaque mot réfère à une situation bien spécifique, il est donc important d’utiliser le mot qui vous semble le plus refléter la réalité : une personne qui ne voit rien est aveugle, et non malvoyante !
  3. Sourd, pas muet !

    Il n’existe quasiment pas de personnes muettes, toute personne sourde peut parler, et fait des efforts énormes pour cela. Efforts souvent frustrants et peu reconnus, car la personne ne peut pas entendre si sa prononciation est correcte, et pourtant de nombreux « entendants » ne font pas l’effort réciproque de prendre le temps d’essayer de comprendre ou de chercher à communiquer au-delà de ces difficultés.
    On parlera donc de personne sourde, ou de personne malentendante si elle se définit ainsi (car tout malentendant a une surdité, et tout sourd a des restes auditifs plus ou moins importants).
  4. « Déficient »

    Il peut être particulièrement désagréable de se faire appeler « déficient » ! Ce mot est associé à l’insuffisance, la lacune, l’inadaptation, le défaut, l’échec [1].
    Même si de nombreuses personnes n’osent actuellement plus utiliser le mot « handicapé », c’est pourtant celui qui est le plus adéquat, en tout cas bien plus que « infirme » ou « déficient ».
    On ne peut donc pas parler de « déficient » ou de « personne déficiente », mais par contre on peut parler de « déficience » (auditive, visuelle, motrice), qui est à l'origine du handicap en question.
  5. « Non-valide », « invalide »

    Ces mots sont réellement insultants, même si ce n’est pas l’intention de celui qui les emploie. Qui peut se permettre de juger de la « validité » d’une personne ? Ce mot est associé aux mots inapte, infirme, impotent [1]. A propos de cela, une personne sourde m'a dit "Cela donne l'impression d'être un déchet de la société"... Peu flatteur, n’est-ce pas ?
  6. « Victime d’un handicap », « souffrant d’un handicap »...

    Ce genre d’expression contribue à perpétuer des préjugés. Les personnes handicapées ne considèrent pas souvent qu’elles souffrent d’une déficience physique. Le handicap est simplement un aspect de leur corps et de leur vie. Le handicap est le résultat de l’interaction entre une déficience, les limitations qu’elle entraîne, et le milieu (incluant la société) dans lequel la personne évolue [1]. Cette interaction peut entraîner des souffrances, mais le handicap lui-même n’est pas forcément une souffrance.
  7. Et les autres ?

    Comment parler des personnes n’ayant pas de handicap ? Attention à ne pas utiliser le terme « personne normale », ni « personne valide » : naturellement, l’expression « personne normale » s’oppose à « personne anormale », et « personne valide » à « personne invalide », ce qui est donc indirectement insultant.


[1] Sources principales :

Libellés :

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