Discutons tard ce soir...

13 mars 2007

[Société] Une idée contre les problèmes du travail

par Pio à 09:35

Introduction

Le travail est une partie de notre vie qui provoque beaucoup de réactions très différentes.
Ainsi de nombreuses personnalités y sont allées de leur maxime (je laisse ceux qui veulent en retranscrire en commentaires...), des analystes de leur analyse, des hommes politiques de leurs solutions.

Réflexion

Le travail :
  • créateur de richesse personnelle et collective, créateur d'activités qui vont (normalement) générer un mieux-vivre pour la société, des revenus pour l'Etat, une croissance économique, ...
  • source d'épanouissement, il nous motive à accomplir de belles choses, nous permet de prendre plaisir et fierté dans l'accomplissement de l'ouvrage résultant
  • permet d'accéder à une reconnaissance sociale
  • favorise le sentiment d'être utile (nombre de gens en arrêt maladie/chomage/retraite se sentent tout à coup "inutiles")
  • activité luttant contre l'ennui, le laisser-aller qui nous guettent (et leurs conséquences négatives sur notre moral)
Mais malheureusement aussi :
  • source de fatigue physique et intellectuelle, de stress
  • peut empêcher d'exercer une passion difficilement rémunératrice (musique, ...) ou non lucrative (association...)
  • limite le temps que l'on peut consacrer à communiquer avec ses ami(e)s, son compagnon/compagne, à s'occuper de ses enfants, ...
  • s'effectue au sein de structures non démocratiques (excepté pour certaines activités, et les SCOP)
  • source de problèmes relationnels, liés par exemple au carriérisme ou à la compétition inter-employés
  • source de problèmes de santé, voire de handicap (pollutions chimiques, contraintes posturales, contraintes de temps, contraintes psycho-sociales, risques en terme de sécurité... là un ergonome vous renseignerait mieux que moi ;-) )
Au final, il y a presque autant de perceptions du travail que de citoyens et tout discours simpliste sur le sujet me parait absurde, en dehors de la complexité de la réalité ("les français veulent travailler plus/travailler moins" ; "les fonctionnaires sont faignants" ; "les travailleurs sont exploités" ; ...) (voir l'article sur l'intelligence).

Problème et idée

Les problèmes à résoudre, bien entendu, sont le fort taux de chomage, les comportements profiteurs : entreprises licenciant abusivement et faisant travailler plus que de raison, et chomeurs souhaitant absolument rester dans leur condition tout en bénéficiant de revenus, etc (comportements qui existent sûrement mais sont peut-être exagérés dans les discours).
Un UMP qui veut permettre aux Français de travailler plus et voudrait plus de flexibilité, un PS qui défend ses 35H, une Extrême-Gauche qui souhaite passer aux 32H et prône l'interdiction des licenciements, des Verts qui luttent contre le temps partiel, etc etc. Chacun y va de ses idées, conséquences de leur vision de la société.

Alors moi, je vais lancer une idée saugrenue qui a ses + et ses -, qui peut résoudre une partie des problèmes, qui pourrait arranger beaucoup de monde :

Et si on faisait des contrats de 20H (des "mi-temps") ? Cumulables à volonté ? et associés à une simplification des licenciements ?

Avantages que je perçois :
  • Selon son envie et ses besoins, chaque travailleur peut mieux décider de son temps de travail ("je veux du temps pour moi" : je cherche 1 contrat ; "je veux gagner ma vie" : je cherche 2 contrat ; "travailler c'est ma vie" : je cherche 3 contrats ; "je suis un fou du travail" : je cherche 4 contrats ou plus... %-/ )
  • On simplifie les différentes possibilités actuelles (35h, 35h annualisées, temps partiel en mi-temps, 3/5, 4/5, 40h...)
  • On diminue la précarité : si je me fais licensier d'un de mes 2 contrats 20H, il me reste l'autre, ouf ! (bien sûr un temps partiel engendre aussi une certaine précarité, mais bien moins forte, plus soutenable).
  • On augmente la flexibilité, chose que les entreprises semblent demander désespérement. Selon leurs besoins, elles font appel à quelques contrats 20H en + ou en -, ou elles peuvent faire passer certains employés de 2 contrats à 1 contrat (c'est un "licenciement" bien plus facile à supporter), ou de 1 à 2 contrats (ou de 2 à 3). Et les licenciements étant moins onéreux, l'entreprise hésite moins à recruter lorsqu'elle en a besoin.
  • De même une conséquence probable sera la possibilité de clarifier la polyvalence dont les DRH sont si friands : une entreprise pourrait facilement donner à un employé 1 contrat 20H sur un poste et 1 autre sur un autre poste. Cela clarifierait certainement les polyvalences "cachées" sources de stress.
  • Il y aurait moins de chômage, moins d'allocataires RMI car il serait plus facile de trouver au moins un contrat 20H. Et moins besoin d'allocations chômage : si je me fais licencier d'un de mes 2 contrats 20H, il me reste l'autre ; donc l'allocation chômage pourrait être dans ce cas un simple complément, puisqu'il y a seulement "chômage partiel".
  • Si j'ai 2 contrats dans 2 entreprises différentes, l'intérêt pour mon travail se maintiendra au long des années : le travail semble bien moins répétitif, plus varié.
  • On peut plus facilement s'occuper de ses enfants (exemple, un des parents passe de 2 à 1 contrat 20H pendant quelques années, ce qui lui permet de continuer le travail qu'il aime et de ne pas galérer à retrouver du travail après une période d'inactivité. Ou encore, les 2 parents prennent chacun 1 contrat 20h)
  • On pourrait plus facilement tenter de mettre fin aux "licenciements déguisés" (un employé voulant démissionner négocie son départ avec son entreprise comme un "licenciement", pour toucher les allocations).
  • Un "employé socialement responsable" aurait moins ce dilemme. Par conséquent le monde serait peut-être meilleur, car une politique d'entreprise socialement ou écologiquement inacceptable aurait moins de chance de se réaliser.
  • Dans notre société, on aime beaucoup catégoriser les gens (celui-ci est un ouvrier, un entrepreneur, un chômeur, un avocat, un vendeur, un fonctionnaire...) et réagir par luttes de catégories, et par intérêts catégoriels. Ce mode de pensée en serait bouleversé, il serait moins facile de tenir des discours simplistes sur telle ou telle catégorie.
  • Un travailleur ayant deux boulots différents dont un "destructeur" (pour lui-même, sa santé) aura probablement moins de problèmes de santé que celui qui fait 40H sur le boulot "destructeur".
  • Les travailleurs peuvent plus facilement améliorer leur "employabilité", car s'ils effectuent deux types de travail différents, ils acquièrent des compétences diverses qu'ils peuvent mettre en avant lors de futures recherches d'emplois.
Inconvénients que je perçois :
  • Pour certains boulots, une personne qui n'est là que 20H peut difficilement être à jour sur ce qu'elle a besoin de connaître pour travailler. Par exemple, un Chef de Projet aurait du mal à gérer son projet pendant seulement 20H. Cela peut être compensé par la négociation de deux ou trois contrats de 20H sur le même poste.
  • Difficulté plus grande de percevoir la réalité du chomage et du travail. Déjà cette année l'INSEE semble officiellement avoir du mal à calculer le chomage... dans un cas limite, pourrait-on facilement appréhender la réalité sociale d'un pays qui aurait 0% chomage et 50% de personnes qui ne travaillent que 20H et qui ont du mal à en vivre ?
  • 2 employés à 20H sont parfois moins efficaces qu'1 seul à 40H. Bon cela dépend évidemment du type de travail, de sa pénibilité, du temps de "mise en route" pour être opérationnel, etc. (pour un travail où on s'épuise au bout de quelques heures ou quelques jours, la tendance serait plutôt l'inverse)
  • La formation d'un employé met plus de temps. Pas deux fois plus, car on utilise mieux le temps d'assimilation et de réflexion (ex. une compétence s'apprend mieux en 20mn chaque jour qu'en 2h30 d'affilée ; vérifié d'après nos expériences de projets INSA et d'après les professeurs INSA qui pronent l'alternance lors de notre stage de fin d'études.)
  • Les plannings de présence des employés sont plus difficiles à gérer pour les RH des entreprises. Cette inconvénient peut être contourné par l'adoption d'organisations simples (ex : 1/3 des contrats sont en 7h-11h, 1/3 en 11h-15h, 1/3 en 15h-19h)

Conclusion

Cette solution me semble permettre de garder les bons côtés du travail tout en minimisant ses mauvais côtés et les problèmes actuels liés au travail.
Mais cela nécessiterait un changement de mode de pensée, ce qui est compliquéééé...
Maintenant à vous de juger.

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8 Comments:

  • C'est une sorte de "flexicurité" non ?

    By Blogger Pio, at mardi 13 mars 2007 à 16:41:00 UTC+1  

  • Euh, ben, euh, c'est clair que ça change vraiment complètement d'avec nos modes de pensée actuels... C'est comme avec la réduction de l'usage de la voiture: on pourrait citer plein d'exemples où ça ne marche pas...

    Y'a des SSII par exemple qui fonctionnent comme ça, avec des mi-temps sur plusieurs projets à la fois...

    By Blogger Papagrieng, at mardi 13 mars 2007 à 22:15:00 UTC+1  

  • Parmi les inconvénients du travail, tu as oublié de traduire tous les avantages:
    "Le travail est source de reconnaissance sociale, sauf lorsqu'il n'est pas source de reconnaissance sociale, du coup il devient l'origine de la non-reconnaissance sociale pour ceux qui aimeraient bien s'y faire reconnaître", etc ;-)

    By Blogger Papagrieng, at mardi 13 mars 2007 à 22:23:00 UTC+1  

  • Moui c vrai, mais je n'ai sûrement pas été exhaustif. Mais fallait pas trop que j'insiste sur les effets négatifs, hein, pas qu'après on me traite d'anti-travail ! :o)

    Quelle SSII fonctionne ainsi ?
    Ce serait intéressant d'avoir leur retour d'expérience.

    By Blogger Pio, at mardi 13 mars 2007 à 22:33:00 UTC+1  

  • J'ajouterais un point :
    Il serait interdit pour une entreprise de rompre deux contrats 20H d'une même personne en un coup. Elle aurait cependant la possibilité de le faire à 2-3 mois d'intervalle.

    Ceci pour éviter le cas limite : lorsque tous les travailleurs ont 2 contrats 20H dans la même entreprise, que les entreprises rompent toujours les 2 contrats en même temps, alors mon idée ne sert plus à grand chose, puisque le fonctionnement du système et la précarité seraient les mêmes qu'aujourd'hui, voire précarité plus grande puisque les licenciements seraient nettement simplifiés et moins onéreux.

    By Blogger Pio, at mercredi 14 mars 2007 à 14:50:00 UTC+1  

  • Alors j'adore l'originalité de l'idée, mais alors pas du tout le contexte de réflexion dans lequel s'inscrit cette "solution", cette nouveauté.

    A mon sens, le travail n'a pas d'inconvénients ou d'avantages à avoir.

    Expliquez-moi, messieurs, un monde où on ne travaillerait pas. Je suis preneur de la solution miracle !!!

    Le travail dans une société est indispensable, selon moi. Je n'aime pas l'idée de donner les avantages et les inconvénients du travail. Surtout qu'en réalité ces avantages et inconvénients ne sont en réalité que ceux des "instances de la classe travail ou type de travail" (comme dirait un ingé informaitque). I.E. que l'inconvénient "travail = source de stress" ou l'avantage "travail = source du sentiment d'utilité" ne s'appliquent en réalité que pour tels ou tels métiers. Certainement pas pour l'activité "travailler", sinon c'est d'après moi une erreur de conceptualisation.

    Cela revient à donner les avantages et les inconvénients de manger. C'est inutile.

    By Blogger Vincent BRYANT, at samedi 17 mars 2007 à 18:31:00 UTC+1  

  • Si tu regardes bien, je ne parle pas d'"avantages et inconvénients" du travail. Je parle de "bons et mauvais côtés", peut-être un peu comme on pourrait parler des conséquences positives ou négatives de manger.

    J'aurais pu préciser que ce sont plutôt des caractéristiques possibles, et tu as raison de dire que ce sont des aspects qui ne s'appliquent pas pour tous les métiers ni même pour tous les travailleurs d'un métier. C'était un peu ma tentative (maladroite peut-être) dans la phrase "au final, il y a presque autant de perceptions du travail que de citoyens".

    J'essayai de porter cette réflexion sur des bons et mauvais côtés du travail pour montrer que les problèmes liés sont complexes et "que tout discours simpliste sur le sujet me paraît absurde" (sic). C'est tout. Comme le montre le dossier "tous réacs?" de la revue Enjeux que tu m'as prêtée, on se fait des perceptions (sur les salariés, les chômeurs, etc) qui ne collent souvent pas à la réalité. Par exemple mettre en avant que "les travailleurs sont exploités" ou que "les salariés sont faignants" oublie plusieurs aspects liés au travail.

    Et aussi, j'ai écrit cette réflexion préalable pour voir en quoi ma solution saugrenue des avantages et des inconvénients, impactait sur ces cotés positifs et négatifs du travail.


    Bon alors Vintz, à part ça, que t'inspire plus en détails cette solution saugrenue ?

    By Blogger Pio, at mardi 20 mars 2007 à 10:40:00 UTC+1  

  • Mais c'est ça que je ne partage pas. Que ce soit "avantages et inconvénients" ou "points positifs et négatifs", il me semble que l'angle d'attaque n'est pas "stable".

    En plus, et ça confirme ma non-adhésion à ce raisonnement, tu parles de "solution" - bon je sais on joue sur les mots - mais quel est le problème au départ ?

    Si ta proposition des contrats de 20h est originale et certainement pertinente (je ne suis pas spécialiste des questions sur le droit du travail), elle ne répondra jamais à toute la liste, non exhaustive des "points négatifs" rencontrés dans le travail, puisque c'est en effet propre à chaque métier presque (comme tu voulais l'exprimer apparemment).

    Je n'ai pas d'inspiration sur les + et les - de ta proposition. A part qu'il m'apparaît que ça nécessiterait de réformer / adapter pas mal de choses dans le droit du travail et les règles associées.

    Mais ce n'est pas parce que la mise en place serait compliquée que le principe n'est pas bon, bien au contraire.

    Mais je pense justement que de vouloir répondre aux "points négatifs" soulevés par les milliers d'activités différentes exercées dans des millions de contextes différents par une "solution" de formule de contrat est parfaitement, pour moi, une démarche simpliste, que tu essaies pourtant d'éviter.

    Tu vas me dire "comment répondre alors au problème ?" Et bien déjà, je pense en commençant par délimiter le périmètre et effectuer un benchmarking. De qui parle-t-on ? Dans quel contexte ? etc mais surtout est-ce que une seule fois les solutions généralisables à tous les salariés d'un pays ont quelque part à travers le monde déjà répondu à toutes ces problématiques (ou 80 % d'entre elles) ? Ne faut-il pas comme dans certains pays, laisser chaque corps de métiers, chaque secteur, voire chaque entreprise adaptée en fonction des difficultés, des spécificités, etc et définir les règles les plus saines de contractualisation et de fonctionnement entre un employeur et ses salariés : le tout sur tun tapis de négociation équilibré et constructif entre employeurs et syndicats "posiftifs".

    Je ne pense pas que ta formule de contrat soit adaptée pour la majorité des cas.

    Voilà désolé pour l'avis un peu brut de pomme, mais c'est mon point de vue.

    By Blogger Vincent BRYANT, at mercredi 21 mars 2007 à 08:24:00 UTC+1  

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